mercredi 16 janvier 2008

Le film, La graine et le mulet

Un parti pris à éviter

Ce film est comparable à un couscous en famille : au début, l’ambiance est joyeuse, on commence à manger, puis rapidement c’est un peu lourd.

Les mouvements de caméra ne sont pas plus légers. Abdellatif Kechiche a voulu réaliser un documentaire-fiction, dans la lignée de l’Esquive. Sauf qu’ici, le résultat nous donne l’impression d’une création digne d’un amateur. Son parti pris continu avec des séquences beaucoup trop longues, où l’on se demande quand cela va s’arrêter ; cela donne une esthétique déplaisante.

La bande-son qui mélange bruits ambiants et musique orientale dans certaines scènes est intéressante.

On peut également saluer la performance des acteurs : Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache et le scénario qui renforce la perception des rapports entre les gens qu’ils soient cadres, ouvriers, immigrants, jeunes ou vieux.

L’histoire est simple et de plus en plus habituelle actuellement : un homme âgé licencié après 10ans de service sur les docks, sans argent, veut ouvrir son restaurant à l’aide de sa famille. Il va devoir se confronter au monde impitoyable de l’administration, des banques et du voisinage. Va-t-il réussir ?

Toutefois, la séquence de la danse du ventre n’est absolument pas  crédible, elle est gênante. Cette scène montrant des hommes âgés regardant et se frottant contre une jeune fille mineure n’est pas réaliste. Il ne faut pas oublier que cette danse à pour origine des pays où la beauté et la sensualité sont permises quand elles ont un but artistique. La danse orientale n’est pas un strip-tease.

La graine et le mulet est touchant par ses scènes du quotidien difficile, cependant, la mise en scène ressemble plus à celle de certains reportages diffusés sur ARTE ou France 5, qu’à un long-métrage de fiction.

jeudi 10 janvier 2008

Top 10 des sons!

1: The Fratellis: Chelsea Dagger
2: The Gossip: Standing in The Way of Control
3: The Ramones: What I Like About You
4: 50cent feat Akon: I' ll Still Kill
5: Blondie: Heart of Glass
6: Bobby Darin: Dream Lover
7: Kylie Minogue: Two Hearts
8:Kanye West: Stronger
9:Bob Sinclar: Together
10: April March: Chick Habit

Le film, Paranoid Park

La performance artistique de l'année

Le tableau de l'adolescence nous est magnifiquement dépeint dans Paranoid Park de Gus Van Sant. Ce film raconte l'histoire d'un jeune skater aux prises avec ses difficultés et hanté par un meurtre accidentel qu'il a commis, aux alentours d'un skate park. Malgré un scénario qui se déroule de manière non chronologique, la compréhension est des plus claires et des plus prenantes.
La grande majorité des plans fait penser à des tableaux contemporains mélangeant couleurs naturelles s'apparentant à la réalité, avec les scènes habituelles du réalisateur filmant de derrière le personnage principal. Gus Van Sant nous fait entrer dans l'intimité de cet adolescent, seul face à ses travers, et montre avec honnêteté la difficulté d'être compris et de trouver sa place. Certaines séquences sont filmées avec une caméra à l'épaule en format super 8. En effet, plusieurs minutes décalées sont consacrées aux amateurs de planche avec les mêmes techniques de tournage que les vidéos sur le skate : utilisation du fisheye, poursuite en skate d'une figure faite par un autre, plan en contre plongé... Les décors et les prises de vues presque oniriques, par moments, nous font suivre avec émotion le voyage d'Alex (Gabriel Nevins).
Cet acteur non professionnel arrive merveilleusement bien et sans exagération à incarner le personnage. Ses yeux, sa bouche et ses joues rondes rappellent que ce n'est pas encore un adulte, mais bien un garçon de 16 ans, qui ne devrait pas avoir à porter un si lourd secret. C'est ici que le réalisateur fait une critique sociale, concernant les parents qui ne se préoccupent plus de leurs enfants, mais plutôt de leur divorce, les abandonnant à leur solitude si pesante à cet âge.
La bande-son est très étudiée et essentielle, impliquant d'autant plus le spectateur. Le décalage entre la musique et les scènes, qui se déroulent au même instant, illustre le ressenti d'Alex par rapport aux événements : il est convoqué chez le proviseur, s'en suit une musique légère, comme si Elephant Man de David Lynch avait pour musique principale "Happy Together" des Turtles.
Alex est dans un monde parallèle, son "skate-monde" avec ses codes vestimentaires, capillaires et corporels.

Le film, This is England

                                                L’ascension des violences

 

 

La violence se décline en deux parties liées :physique et psychologique. Ce film réalisé par Shane Meadows, nous montre sa naissance et sa progression dans l’esprit des hommes.

Dans une Angleterre ravagée par les années Thatcher, un jeune adolescent solitaire de 12ans, Shaun (Thomas Turgoose) qui a perdu son père à la guerre des Malouines, habite seul avec sa mère où le dialogue n’est plus présent.

À l’école, il est mal-aimé de ses camarades, en conflit avec l’autorité, il parle avec un franc parlé ardu, ce qui engendrent des difficultés à s’intégrer. Il va faire la connaissance d’un groupe de skinheads. Très vite, il s’attache à ces jeunes gens surtout à l’un qui incarne une sorte de grand frère. Une atmosphère tendue se dégage, mêlant vulgarités verbales et parfois agressions physiques émient entre jeunes, entre générations mais aussi par les institutions. La rage, les tensions s’accentuent, à l’arrivée d’un skinhead plus âgé, sortie de prison, Combo (Stephen Graham qui a joué dans Snatch). Il va très vite s’efforcer d’embrigader le jeune Shaun, grâce à des discours percutants, faciles prônant le nationalisme et les idéaux nazis, tout en  servant de figure paternelle protectrice (aux yeux du jeune homme). La violence est accessible à tout le monde, il suffit d’y mettre tous les éléments en place pour y parvenir :pauvreté, exclusion sociale, ennuie, déception, désespoir… Cette ambiance nerveuse, brutale et triste laissant toutefois percevoir, une lueur d’amour, nous fait passer par diverses émotions, nous révélant la complexité humaine.

Cette satire sociale comme savent si bien les faire les Britanniques, par exemple Les Virtuoses de Mark Herman, est sur fond de musique mélangeant punk, ska, reggae et soul music, n’illustrant pas forcément les scènes qui s’y déroulent. Cet effet jette un trouble, un paradoxe intensionnel dans l’esprit du spectateur, afin de symboliser la situation déroutante palpable tout le long de l’histoire. La mise en scène y est souvent picturale, présentant le Nord de ce pays comme une photo réaliste post-industrielle avec sa nature environnante de Chris Steele Perkins. Des dialogues pointus, survoltés et personnels dévoilent le vécu du sujet, en effet le réalisateur lui-même a été et reste encore aujourd’hui un skinhead.

Il est nécessaire de voir cette œuvre émouvante et terrifiante à la fois pour comprendre ces mécanismes qui restent d’actualité, de plus il nous éclaire sur la séparation entre différents types de skinhead plus ou moins radicalisé politiquement. This is England est le film punk de l’année avec tout ce qui comporte de contestations.

Le film, La Visite de la fanfare

Un sentiment de paix

Le désert aride israélien, une fanfare de la police égyptienne, le décor est planté.
Ce conte arabo-israélien raconte les déboires d'une fanfare perdue; ils font alors la rencontre des habitants, eux aussi, "perdus". Ils sont bloqués dans ce lieu hors du temps, ils n'ont donc pas d'autre choix que d'apprendre à se comprendre. Pas de haine, juste une rencontre entre plusieurs personnes très différentes qui ne font que discuter, partager, se divertir sans pour cela demander quelque chose en retour.
Beaucoup de complexité, mais leur humanité, leur sentiment, vont les rapprocher petit à petit. Chacun recherche quelque chose: l'amour, l'acceptation de l'autre pour ne pas rester seul.
Ce tableau burlesque par ses situations, garde en lui une finesse et une pudeur comme il est rare de nos jours.
Les plans fixes, simples et très étudiés à la fois, nous ramène à un esthétisme pictural qui rappelle le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, par ses couleurs bleues et naturelles. Les prises de vues ne servent pas seulement à faire avancer l'histoire, elles permettent d'apprécier la beauté de ces endroits isolés. Cette atmosphère glauque mais pleine de poésie nous donne un espoir face à l'incompréhension et à l'intolérance.
La musique n'a pas de frontière, de religion, de couleur, elle fait appel aux émotions, aux sens profonds des gens et des choses. On comprend pourquoi le réalisateur Eran Kolirin choisit une musique triste, comme bande originale, permettant ainsi de ne pas oublier que derrière ces instants doux et heureux, une guerre est là et qu'elle persiste depuis 50ans.
La Visite de la fanfare est un hymne à la paix, un moment d'évasion qui devrait être vu par tous ceux qui auraient perdu espoir.